Choix du matériel
Cette série d'articles sur le matériel a pour objet de détailler les critères d'emploi et de performance de différents modèles afin de se constituer un ensemble cohérent pour l'astrophotographie. L’offre des fabricants est en effet très vaste et le débutant est d’abord confronté… à l’embarras du choix.
L'analyse prendra en compte le type d’images recherché, ainsi que le niveau de complexité acceptable en fonction du temps disponible et du budget. Attention, avec la maîtrise progressive de la technique, ce niveau d'exigence évoluera dans le temps !
Pour faire des images du ciel il faut au minimum :
- Un appareil de prises de vue : appareil photo numérique (APN) ou caméra
- Un instrument optique pour focaliser les rayons lumineux sur le capteur : objectif, lunette, télescope…
- Un support : trépied fixe ou monture motorisée pour compenser la rotation de la Terre
- Un dispositif de pilotage de l’acquisition des vues, de stockage et de traitement des images : en général un PC portable.
Divers accessoires pourront s’ajouter comme un dispositif d’aide au pointage, des filtres, des oculaires d’observation…
Pour éviter les doublons et assurer une chaîne de prise de vue homogène, une certaine cohérence s’impose dans les performances et le domaine couvert de chaque élément.
Il est préférable de commencer par choisir quel type de photo vous souhaitez faire majoritairement.
Planétaire ou ciel profond ?
Les besoins ne sont pas tout à fait les mêmes. Pour l'observation des objets du système solaire, essentiellement la Lune, Mars, Jupiter et Saturne, les objets sont lumineux mais très petits (depuis la Terre bien sûr !). L’important est donc d’avoir une grande focale, supérieure à 1 m, et une bonne résolution. Un petit capteur suffit, permettant le mode vidéo pour contrer les effets de la turbulence atmosphérique. Les temps de pose sont courts et la pollution lumineuse du site d'observation n'est pas très gênante.

La conjonction Jupiter - Saturne du 21 décembre 2020
Dans le cas du ciel profond, les objets sont peu lumineux et souvent assez étendus, ou alors très petits comme les nébuleuses planétaires. Pour ces objets on cherchera à avoir un grand champ donc une focale moyenne, et un faible nombre d'ouverture F/D afin de conserver des temps de pose raisonnables. Un grand capteur très sensible permettant les poses longues sera nécessaire.

La nébuleuse d'Orion M42, un objet de choix pour les débutants
Certains ouvrages recommandent de commencer par le planétaire, je ne suis pas de cet avis. Faire de belles photos en planétaire demande un matériel pointu et beaucoup de savoir-faire dans les réglages comme dans le post-traitement, alors qu’on peut avoir de beaux résultats très rapidement sur les galaxies et nébuleuses les plus brillantes. De plus manier un instrument à grande focale n’est pas évident au début.
Vous l’aurez compris, trouver un matériel polyvalent reste une équation difficile à résoudre. Pour ceux qui auraient du mal à choisir entre les deux domaines, la solution est peut-être d'acquérir un équipement complémentaire à celui que peut vous proposer un club près de chez vous (annuaire des clubs ici : https://www.afastronomie.fr/structures).
Bien choisir sa monture
Pour la photographie du ciel profond il faut impérativement une monture équatoriale, dont l’axe principal est aligné sur celui des pôles. Les montures azimutales, dont l'axe principal est vertical, sont plus simples à opérer mais leur précision de pointage est moins bonne et celles-ci ne compensent pas la rotation du champ cadré : au-delà de 30 secondes de pose unitaire, voire moins à site élevé, les étoiles en périphérie du champ seront filées. Pour plus de détail, voir l'article dédié.
Une monture légère dite « de voyage » peut constituer un bon matériel de début, avec une lunette par exemple ; outre son faible coût, l’ensemble pourra être transporté facilement vers un site d’observation intéressant. Je décris quelques modèles dans l’article « les montures de voyage ».
La monture équatoriale « à l’allemande » avec une barre de contrepoids est le modèle le plus répandu.

En fonction du type de photo que vous allez faire, choisissez une monture adaptée à votre matériel. La rigidité de l’ensemble est importante car la moindre vibration, le moindre à-coup se verra sur la photo. La qualité de l'entraînement par engrenages ou par courroies conditionne la précision du pointage et du suivi. N'hésitez pas à prendre une monture surdimensionnée, cela vous permettra de rajouter des accessoires par la suite.
Un suivi de qualité est indispensable pour pouvoir faire des poses longues. Les systèmes d’autoguidage apportent un plus indéniable, mais il est possible de démarrer sans et de s’équiper ultérieurement. Il faut juste s'assurer que la monture dispose d'une connexion USB ou ST4 pour être pilotable par un dispositif externe.
Des optiques bien corrigées
Les aberrations géométriques (astigmatisme, non planéité du champ, effet de coma) ou dispersion chromatique des lentilles, sont très visibles sur une photo, d’où l’importance de choisir des optiques de qualité : lentilles apochromatiques, miroirs paraboliques pour les Newton… Sur la plupart des instruments, une lentille correcteur de champ est indispensable pour que les étoiles en bord d’image ne soient pas étirées. Les télescopes à miroirs nécessitent de régler précisément l’alignement de ces derniers à chaque séance, c’est la collimation.
Envisagez-vous une utilisation nomade ?
La pollution lumineuse est la grande ennemie des astronomes car elle altère la qualité du ciel. Malgré les filtres et la puissance des logiciels de post traitement, rien ne vaut un ciel bien dégagé, surtout pour le ciel profond ; pour cela vous devrez peut-être envisager une utilisation nomade de votre matériel. Et de ce point de vue le poids total à transporter peut devenir un critère à prendre en compte, de même que la facilité de montage et démontage de l’ensemble.
Choisir son matériel est une étape importante qui peut se faire de manière progressive. Il est tout à fait possible de démarrer avec un ensemble simple (trépied et télé-objectif puis monture et lunette ou télescope de focale moyenne entre 0,5 et 1 m). Cela permet d'effectuer une bonne prise en mains de son matériel, d’en expérimenter les limites. Cette configuration légère pourra être déplacée facilement ; vous pourrez ensuite envisager les évolutions possibles. Le matériel astro se revend très bien sur les forums spécialisés.
