L'astrophoto facile
25 août 2026

L’éclipse du 12 août 2026 depuis l’Espagne

 

Depuis 1999, l’Europe continentale n’avait pas connu d’éclipse totale ; aussi la conjonction du 12 août 2026 dont la bande de totalité traversait toute l’Espagne représentait une occasion rare d’observer ce phénomène étonnant de la Nature.

En effet, bien que l’occultation prévue fût importante depuis la France (jusqu’à 99% au Pays Basque), seule une occultation complète permettait d’observer la couronne solaire sans protection, ainsi qu’une spectaculaire baisse de luminosité pendant quelques minutes. Ces éclipses de Soleil sont relativement fréquentes, environ deux par an, mais la zone d’observation sur la Terre est assez limitée contrairement aux éclipses de Lune. Il faut souvent voyager loin pour se trouver sur le passage de l’ombre au bon moment. D’autre part, la moitié des éclipses sont annulaires : la Lune dans la partie éloignée de sa trajectoire elliptique autour de la Terre ne parvient pas à masquer complètement le Soleil car son diamètre apparent est alors plus petit. Il est dangereux de retirer les filtres de protection dans ce cas, tout comme dans les phases partielles.

En août 2026, la proximité de la zone privilégiée nous a permis de rejoindre celle-ci en voiture en emportant davantage de matériel que s’il avait fallu prendre l’avion. D’autre part, le nord de l’Espagne est une région très intéressante à visiter.

Nous avions initialement choisi un site près d’Avilès, sur la côte et à proximité de la ligne de passage du centre de l’ombre de la Lune où l’occultation complète dure le plus longtemps. Cette dernière était prévue de 20h 26mn 55 s à 20h 28mn 48s, avec le Soleil 10° au-dessus de l’horizon dans la direction 280°. Une vue dégagée sur l’horizon ouest était donc impérative.

Malheureusement, une couche de nuages persistante bloquée par la chaîne cantabrique qui borde la côte (la plus haute montagne atteint 2650 m) nous a obligés à choisir un lieu d’observation 100 km plus au sud. Le jour de l’éclipse, nous nous sommes rendus sur un plateau à 1000 m d’altitude un peu au nord de León, que j’avais repéré sur Google Maps. Il est très important de disposer de plusieurs options afin de s’adapter aux aléas météo car les astres n’attendent pas que les nuages se dissipent !

 

Les heures indiquées plus haut étaient seulement décalées d’une minute. J’avais privilégié des photographies de la couronne solaire, sans rechercher un premier plan esthétique car la faible durée de la phase de totalité ne permettait pas de réaliser différents cadrages.

Le matériel se constituait d’un appareil Canon EOS 450D défiltré monté sur une lunette Skywatcher 72/420 ED avec un correcteur/réducteur Altaïr 0,8x. Pendant les phases partielles, un filtre astrosolar OD 5.0 protégeait l’objectif de la lunette. Cette densité prévue normalement pour du visuel était nécessaire car avec un rapport F/D de 4.7, la vitesse d’obturation devait être réglée à 1/3200 s (ISO 100) soit proche du maximum permis par l’appareil.

Afin d’avoir un suivi correct sans rotation de champ, l’ensemble était fixé sur une monture AZ-GTI en mode équatorial mise en station à la boussole ; la déclinaison magnétique de 4’ Est était négligeable. Cette monture très compacte est décrite dans l’article « les montures de voyage ».

 

Avec le filtre en place, j’ai programmé une prise de vue toutes les dix minutes pour enregistrer le recouvrement progressif du disque solaire par la Lune, lequel durait un peu moins d’une heure. Je n’ai pas pu suivre la fin de l’éclipse jusqu’au dernier contact car le Soleil, trop bas sur l’horizon, se trouvait masqué par de la végétation.

Voici l’assemblage de ces vues, selon une disposition classique. On notera la présence de quelques taches solaires.

 

Quand le taux de recouvrement dépasse 95%, la baisse de luminosité devient perceptible mais avec une teinte jaune, sans le rougeoiement habituel des couchers de Soleil. Puis brusquement l’obscurité se fait, les étoiles s’allument et l’on peut alors regarder le Soleil sans les lunettes de protection. Mais c’est un soleil noir, remplacé par le disque très sombre de la Lune entouré d’une couronne flamboyante : l’effet est spectaculaire !

Pendant la phase de totalité, après avoir enlevé le filtre Astrosolar, j’ai pris 11 photos successives avec des temps de pose allant de 1/1000e à 1s en doublant ce temps à chaque fois.

L’image à 1/500e révèle la chromosphère, une fine couche de gaz au-dessus de la surface du Soleil. On observe aussi plusieurs protubérances solaires visibles grâce au masque de la Lune.

 

Pour tenir compte des écarts de luminosité très importants dans la couronne solaire, il faut utiliser la technique du HDR soit l’empilement d’images prises avec des expositions différentes. J’ai utilisé le logiciel EasyHDR qui est très performant, et dont la licence est d’un prix modique.

La difficulté de l’exercice consiste à bien aligner les photos entre elles. Le disque de la Lune ne doit pas être pris comme référence car l’astre se déplace ! L’alignement automatique du logiciel ne peut donner de bons résultats, il faut l’effectuer en manuel avec un outil assez bien conçu fourni par le logiciel. Heureusement, l’absence de rotation de champ restreint les degrés de liberté à un simple décalage de position entre les images.

La couronne solaire apparaît alors avec de fins détails, organisés selon les lignes de champ magnétique de notre étoile.

 

Cette couronne, qui s’étend jusqu’à quatorze fois le rayon du Soleil, est composée de plasma peu dense mais extrêmement chaud : jusqu’à deux millions de degrés contre 6000 à 7000 degrés pour la chromosphère. La physique qui conduit à des températures aussi élevées est encore mal comprise aujourd’hui.

En fin d’éclipse, j’ai pris une photo d’ambiance avec un autre appareil pour essayer de restituer l’éclairage très particulier.

 

Puis la lumière du jour est revenue et nous avons pu assister à un coucher de Soleil presque normal.

Il est facile de comprendre pourquoi ces éclipses fascinent autant depuis l’antiquité ; le mécanisme en a été correctement décrit seulement au IIe siècle après JC par Ptolémée dans son Almageste. Les explications sur la récurrence du phénomène figurent dans l’article de ce blog sur les mouvements de la Lune.

 

Nous avons profité de notre séjour pour visiter la Galice, qui recouvre la pointe nord-ouest de la péninsule ibérique. C’est une belle région, couverte de forêts de chênes, de pins et d’eucalyptus, avec un patrimoine naturel et architectural remarquable.

Les vallées creusées par le Miño et le Sil sont propices à de belles randonnées, au milieu des vignes en terrasse de la Ribeira Sacra.

La vallée du Miño

 

Les côtes sont profondément entaillées par des bras de mer appelés Rías (Altas au nord et Baixas au sud), comportant de nombreuses plages et ports de pêche très pittoresques. Les racines celtes sont très fortes dans la culture, il n’est pas rare d’entendre jouer de la cornemuse dans les rues des villages. L’influence romaine est encore présente, avec des fortifications qui ont souvent été conservées.

Le village de Combarro, dans la ria de Pontevedra

 

Saint-Jacques de Compostelle est la destination du plus grand pèlerinage d’Europe, encore très vivant aujourd’hui. Ce chemin est jalonné par de superbes cathédrales comme à Burgos, León et bien sûr Saint-Jacques.

La cathédrale de St-Jacques de Compostelle

 

Nous avons pu ainsi compléter les observations astronomiques par quelques méditations célestes !

Rendez-vous le 2 août 2027 pour la prochaine éclipse totale, qui sera également visible en Europe (de Gibraltar à l’Egypte).

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