Le ciel du mois : Juin 2026
Evénements
Début juin, la startup américaine Katalyst Space Technologies va tenter de remonter le satellite SWIFT en orbite de 400 à 600 km. Sous contrat de la NASA, cette mission a pour but de prolonger d’une dizaine d’années la vie de ce satellite d’observation des rayons gamma issus du cosmos. Pour cela, un lanceur Northrop Grumman/Pegasus-XL sera largué à 12000 m d’altitude par un avion Lockheed L-1011 puis allumera successivement les moteurs de ses trois étages pour que le module LINK rejoigne le satellite et le capture à l’aide de trois bras articulés (le satellite n’a pas été conçu pour un amarrage en orbite). Il s’agira ensuite de déposer ce dernier sur une orbite plus haute, le tout sans endommager ses capteurs très fragiles. Cette mission à haut risque n’a jamais été tentée, mais sans intervention le satellite SWIFT lancé en 2004 se consumera dans l’atmosphère dans moins d’un an.
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Le 10 juin à partir du centre spatial de Tanegashima au Japon, Mitsubishi Heavy Industries doit effectuer un vol d’essai de son lanceur H3 dans sa version H3-30S, avec trois moteurs LE09 sur le premier étage mais pas de boosters latéraux. La charge utile sera remplacée par un lest. Il s’agira aussi de tester le largage de la coiffe après la sortie de l’atmosphère. En effet, cet élément a subi des modifications suite à une mauvaise séparation qui avait entraîné l’échec de la mission précédente du 22 décembre 2025, et la destruction du satellite GNSS Michibiki n°5.
Le septième vol commercial (VA 269) du lanceur Ariane 6 est prévu le 17 juin à partir du CSG de Kourou, en configuration lourde à 4 boosters. Comme lors des tirs précédents réalisés avec succès les 12 février et 30 avril, la fusée aura pour mission de mettre en orbite 32 satellites devant intégrer la constellation Amazon/Leo, concurrente des satellites Starlink de SpaceX pour la diffusion d’Internet depuis l’Espace. Il s’agit du troisième lancement d’Ariane 6 sur les huit prévus en 2026.
La startup allemande ISAR Aerospace a reporté au mois de juin le deuxième vol d'essai de sa fusée Spectrum, depuis le pas de tir d’Andoya en Norvège. Le lanceur de 58 t au décollage, propulsé par 9 moteurs Aquila fonctionnant au propane/oxygène liquide, doit être capable de placer une charge utile de 1000 kg en orbite basse (800 kg en orbite polaire). Pour cet essai, la fusée emmènera cinq Cubesats en passager afin d’effectuer des expériences à but éducatif.
Le 30 juin a été institué « Asteroid day » par l’ONU, date anniversaire de l’explosion en altitude d’un météoroïde en 1908 à Toungouska au centre de la Sibérie. Cette explosion d’une puissance mille fois supérieure à la bombe qui détruira plus tard Hiroshima a fait des dégats dans un rayon de 100 km autour du point central, heureusement situé dans une zone inhabitée. Curieusement, aucun fragment au sol du bolide n’a été retrouvé.
La détection avancée des astéroïdes géocroiseurs ainsi que le développement de méthodes pour dévier la trajectoire d’un objet dangereux pour la Terre font l’objet de programmes coordonnés de la NASA et de l’ESA.
Ephémérides
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Juin est le mois où les nuits sont les plus courtes de l’année dans l’hémisphère nord. Cela est dû à l’inclinaison de l’axe de la Terre, de 23°26’ sur son plan de révolution autour du Soleil (le plan de l’écliptique). Au solstice d’été, le 21 juin, les observateurs au nord du cercle polaire à 23°26’ du pôle ne voient pas le Soleil se coucher ; à midi le Soleil passe au zénith des lieux situés sur le tropique du Cancer.
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NB : Cette inclinaison de l’axe terrestre varie entre 22°02’ et 24°30’ selon un cycle de 41 000 ans (à ne pas confondre avec le phénomène de précession). La Lune stabilise ces oscillations, ce qui permet d’éviter des mouvements chaotiques de l’axe de rotation comme pour Vénus par exemple, dont l’axe a basculé de presque 180°. Voir l’article de ce blog sur les mouvements de la Terre.
Le 13 juin voit s’annuler l’équation du temps pour la deuxième fois dans l’année : le midi solaire vrai coïncide avec le midi solaire moyen fourni par une horloge, après correction du décalage entre la longitude du lieu et le méridien de référence pour le fuseau horaire concerné.
Le plan de l’écliptique est peu élevé en juin-juillet dans l’hémisphère nord ; de plus, la Lune sera positionnée 5° en-dessous de l’écliptique en fin de mois. Ainsi, la pleine Lune du 29 juin ne culminera qu’à 13° au-dessus de l’horizon à Paris. Par ailleurs, son diamètre sera minimal car le passage à l’apogée aura eu lieu le 28.
Saturne et Mars réapparaissent à l’est le matin, deux heures avant le lever du Soleil. Les deux astres seront accompagnés par la Lune en dernier croissant du 9 au 13 juin.
Autour du 10 juin avant l’aube, on pourra aussi tenter d’observer sur l’horizon Est la pluie d’étoiles filantes des Ariétides car la Terre traverse à cette période le sillage de la comète 96P/Machholtz. Le radiant se trouve dans la constellation du Bélier (Ariès) qui apparaît en fin de nuit ; la Lune gênera malheureusement l’observation cette fois-ci. Cette pluie est l’une des plus importantes de l’année mais la plupart des météores se produisent pendant la journée, détectables seulement en radio-astronomie.
Le 9 juin, Vénus va croiser Jupiter à moins d’1,5° ; les deux planètes très brillantes seront visibles à l’ouest depuis le crépuscule jusqu’à 23h30, il n’est pas nécessaire d’attendre la nuit complète pour observer cette belle conjonction. Mercure sera même présent quelques degrés en dessous des précédentes, avec une élongation maximale de 24,5° par rapport au Soleil le 15 juin. Jupiter disparaîtra sous l’horizon en fin de mois, tandis que Vénus continuera de s’élever dans le ciel avec une hauteur maximale le 14 juin. La planète d’un diamètre apparent de 14,7’’ en augmentation présente encore une phase gibbeuse bien marquée.
Vénus photographiée le 23/05/2026
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Le 17 juin en début de nuit, un croissant de Lune très fin va se glisser à moins d’un degré en-dessous de Vénus ; ce sera l’occasion d’admirer la lumière cendrée sur la face visible de notre satellite, encore dans l’ombre mais éclairée par la Terre.
Le lendemain, nous aurons un bel alignement Lune – Vénus – Jupiter – Mercure qui matérialisera le plan de l’écliptique sur l’horizon ouest. Il est intéressant de constater le déplacement journalier de chacun des astres.
Enfin le 19 juin après 22h30, si l’horizon est dégagé, il sera possible de voir juste en-dessous de Vénus les étoiles brillantes de l’amas de la crèche M44.
Le 26 juin, les ombres des lunes Ganymède et Io se profileront sur la surface de Jupiter entre 21h30 et 22h30 mais il sera difficile de les observer car la planète géante sera à moins de 10° de la ligne d’horizon.
Observation / les objets du mois
La nébuleuse de l’œil de chat NGC6543 est située à côté de la tête du Dragon, dans la constellation du même nom. Cette nébuleuse planétaire découverte par William Herschel en 1786 mesure environ 20 secondes d’arc, elle est entourée d’un halo d’un diamètre de 5 minutes d’arc. Sa forme très particulière suggère l’explosion d’un système binaire qui a engendré deux lobes opposés. Le centre de la nébuleuse est occupé par une étoile très chaude, un peu plus petite que notre Soleil mais 10 000 fois plus lumineuse ; celle-ci est visible à l'oculaire. A 3600 AL de notre système, la magnitude apparente de la nébuleuse est de 8,8.
N.B. : Cette nébuleuse est située à seulement 4,4’ du pôle nord de l’écliptique, autour duquel précessionne l’axe terrestre avec une période de 25769 ans.
Crédit : capella-observatory, Germany et NASA/Hubble
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A 1° de la nébuleuse ci-avant se trouve une petite galaxie lenticulaire à 600 millions d’AL d’apparence très ordinaire : NGC6505. Son diamètre apparent n’est que d’une minute d’arc mais le télescope spatial européen Euclid a identifié en 2025 un beau phénomène de lentille gravitationnelle, prédit par Albert Einstein. La masse de la galaxie déforme l’espace-temps sur le trajet lumineux d’une galaxie beaucoup plus lointaine, à 4,4 milliards d’AL, située juste dans l’axe. L’image de cet objet en arrière-plan est ici un anneau parfait avec 4 points lumineux à 90°. Cet anneau ne mesure que 5 secondes d’arc mais il est possible de le mettre en évidence avec un télescope amateur de fort diamètre, à condition d’avoir un ciel très transparent et très stable.
Voir l’article dédié sur les lentilles gravitationnelles, dans la catégorie « Physique ».
Image télescope Euclid
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Au-dessus de la constellation de Céphée, la nébuleuse de l’Iris NGC7023 est éclairée par la jeune étoile V380 Cep, de magnitude 7 à une distance de 1300 AL. La couleur bleue révèle une forte concentration de molécules carbonées dans les nuages de gaz qui entourent le petit amas.
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Entre les constellations d’Hercule et du Serpentaire, Ras Algethi (α Herculis) est un système multiple composé d’une géante rouge 400 fois plus grosse que le Soleil, dont la magnitude varie entre +3 et +4 suivant une période moyenne de 90 jours, et d’une binaire spectroscopique bleu-vert de magnitude +5,3. Situées à 380 AL, elles sont séparées de 5 secondes d’arc ; leur période orbitale est de 3600 ans. Bien que désignée Alpha dans le catalogue de Bayer, Rasalgheti n’est que la 5ème étoile par ordre de magnitude apparente de la constellation.
10° à l’est, 95 Herculis est aussi une belle étoile double à 470 AL avec deux composantes respectivement jaune profond et blanche, de magnitudes voisines de 5. Elles sont assez serrées (6,5 sec. d’arc), de plus cet écart diminue d’une seconde d’arc par siècle ce qui indique que le plan de l’orbite doit être très incliné.
La constellation de la Lyre s’élève progressivement, avec son étoile principale Vega dont la magnitude 0 et la classe de couleur servent de référence. Cette petite constellation contient plusieurs étoiles doubles intéressantes dont Delta 1 et 2 (bleue et rouge) séparées de 10’, et Epsilon 1 et 2 séparées de 3,5’ qui sont chacunes des doubles télescopiques ! Pour plus de détails, voir la page sur ce blog dédiée aux étoiles doubles.
Moins connue, une autre « double-double » se trouve également dans la Lyre : il s’agit des étoiles HD 178849 et 178911 de magnitudes 7 distantes de 10’ également, les composantes secondaires étant séparées de 15’’.
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T Lyrae est une étoile carbonée très rouge, de magnitude variable entre 7,8 et 9,6. La température de surface de 3000° est nettement plus basse que celle de notre Soleil (5000°). Sa distance est mal connue, entre 1000 et 2000 AL.
Par ailleurs, Sheliak (Beta Lyrae) est le prototype d’une étoile variable binaire à éclipse, comme Algol dans Persée. Sa magnitude apparente varie de +3,4 à +4,6 sur une période de 12,9 jours (voir la page « étoiles variables remarquables »).
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La star de cette constellation reste cependant M57, la nébuleuse de l’anneau. C’est une nébuleuse planétaire, engendrée il y a 6000 ans par une étoile en fin de vie qui a projeté dans l’espace un nuage de gaz circulaire. Il reste au centre une naine blanche un peu moins massive que le Soleil et très chaude (100 000 K), de magnitude 15. La distance est de 2300 AL et le diamètre apparent de 1,5 minutes d’arc, ce qui nécessite une grande focale pour observer cet objet.
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Juste en dessous de la Lyre s’étend la grande constellation du Cygne. Son extrémité ouest comporte une magnifique étoile double : Albireo dont la première composante est jaune orangée, la seconde bleu-vert. Les magnitudes sont assez proches (respectivement 3,1 et 5,1), l’écartement des deux étoiles est de 34" ce qui en fait un couple facile. Les distances respectives d’Albireo A et B sont de 389 et 328 AL : ces deux étoiles ne sont donc pas liées par la gravité, il s’agit d’une double optique.
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Au Sud, assez bas sur l’horizon, se dessine la constellation du Scorpion et son étoile géante rouge très brillante Antarès. Cette étoile est susceptible d’exploser en supernova dans un avenir proche. La grande nébuleuse IC4606 qui l’entoure contient plusieurs objets intéressants comme les amas globulaires M4 et M80 ou l’étoile triple Rho Ophiuchi. Au dessus nous trouvons IC4592, la nébuleuse de la tête de cheval bleue, qui s’étend sur près de 3°.
Photo Rogelio Bernal Andreo http://www.deepskycolors.com
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10 degrés au nord d’Antarès dans la constellation d’Ophiuchus (Serpentaire), un nuage de poussières très dense forme la nébuleuse de la chauve-souris LDN43. Il est situé à 1400 AL et s’étend sur 12 AL soit 30 minutes d’arc, c’est une région d’étoiles en formation. Un ciel très pur est nécessaire pour photographier ce type de nébuleuse.
Photo Mark Hanson & Mike Selby - Observatoire El Sauce, Chili
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8° au nord de l’étoile Acrab, L’étoile double Ksi Scorpii forme un duo avec la paire HD14487 et 14488 à 5’. Les écarts entre les composantes des doubles sont respectivement de 5 et 12 secondes d’arc.
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Enfin toujours un peu plus à l’ouest, la belle galaxie spirale barrée M83 se trouve à la frontière entre l'Hydre et le Centaure. Assez lumineuse avec une magnitude de 7,5 et présentant de vives couleurs, cette galaxie du ciel austral ne s’élève pas à plus d’une quinzaine de degrés depuis la France métropolitaine. Située à 15 millions d’AL, sa taille est comparable à notre voie lactée ; son diamètre est de 12 minutes d'arc. Surnommée la « galaxie du moulinet du Sud », celle-ci montre un fort taux d’apparition de jeunes étoiles.
Crédit : ESO/observatoire la Silla - Chili
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Bon ciel à tous !
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